Visite de Netanyahu à Oman: Symbolique ou stratégique ?

Ahmed Charai

C ’est dans le secret le plus absolu que la visite de Netanyahu à Oman a été préparée et la composition de la délégation israélienne, avec la présence du directeur du Mossad, laisse penser que les sujets abordés étaient d’importance. Oman, sous la pression de sa géographie, a une histoire diplomatique très particulière. Ses relations avec l’Iran, son puissant voisin, datent du temps du shah. En butte à une guérilla maoïste, le Front du Dhofar, le petit royaume a fait appel à l’armée perse pour la réduire, avant que le sultan Qabous arrive à arracher un accord de paix.
Après la révolution islamique, c’est avec un grand doigté qu’Oman a réussi à maintenir des relations apaisées à la fois avec Téhéran, Ryad et l’ensemble des pays du Golfe.
C’est à ce titre que le sultanat a agi en intermédiaire discret entre les USA et l’Iran sur le dossier du nucléaire en 2013. Selon les experts, cette médiation a été décisive pour la signature de l’accord, aujourd’hui dénoncé par les Etats-Unis. Le Sultanat a joué un rôle, toujours discret, dans des libérations d’otages occidentaux dans la région, il ne s’est pas impliqué dans le boycott du Qatar et maintient sa ligne médiane.
« Nous ne cherchons pas à jouer un rôle d’intermédiaire entre Israéliens et Palestiniens, si nous pouvons faciliter des contacts nous le ferons, notre objectif étant la résolution de ce conflit », a déclaré le Sultan Qabous, à l’issue de la visite du Premier ministre israélien. C’est subtil, mais conforme aux possibilités de cet Etat. Cependant, il faut savoir que Mahmoud Abbès a été reçu 48 heures avant Netanyahu.
Quel est donc l’objet de la visite ? Oman, comme la majorité des pays arabes, a fermé le bureau de liaison israélien en 2000 après la deuxième intifada. Néanmoins, il n’y a jamais eu d’escalade verbale contre l’Etat hébreu. La visite de Netanyahu parait revêtir plusieurs dimensions stratégiques. Si plusieurs pays arabes entretiennent des relations secrètes avec Israël, dans le cadre d’une alliance contre l’Iran, c’est la première fois qu’un pays arabe, de surcroit sans inimitié avec Téhéran, accepte une visite publique de ce niveau. C’est une véritable percée de la diplomatie israélienne.
Il ne faut pas limiter l’objectif de cette visite à des considérations de politique intérieure israélienne, en période pré-électorale, Oman peut être un véritable canal pour des contacts entre Israël et l’Iran, afin d’éviter une escalade dont personne ne veut réellement, ni les Mollahs, ni Tel-Aviv. D’autres pays arabes pourraient suivre l’exemple, pour d’autres raisons. Loin de signifier l’abandon des Palestiniens, cela pourrait imposer à ceux-ci l’unité et le réalisme nécessaires pour aboutir à la paix. Israël devra alors accepter sa part, pour arriver à une paix avec l’ensemble des pays de la région. Y a-t-il plus stratégique que cet objectif ultime ?

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Commentaires (1)
  1. plehanov

    Dans un dossier aussi dense, aussi épineux que celui qui oppose Israël aux Palestiniens dont les dirigeants ,désunis, sont plutôt occupés à s’opposer les uns aux autres ,même une démarche symbolique est à prendre en compte en attendant que le mieux montre le bout du nez.
    Les Arabes ont bel et bien raté une bonne occasion de mettre en cage le fauve en refusant d’admettre Israël comme membre de l’Organisation arabe et refusé la décision de l’ONU.Aussi faudrait-il tout faire pour se rattraper en s’accrochant à toute initiative de rapprochement entre les antagonistes.
    L’entêtement de certains arabes a déjà conduit à la destruction quasi totale du M.O car on persiste à ne pas reconnaître un état que la totalité du monde reconnait et les expéditions punitives s’enchaînent sous différents prétextes :lutte contre le totalitarisme,etc…
    Le problème fondamental ,qu’on accepte de le voir ou bien non,demeurera la normalisation des relations du monde arabe avec « l’état voyou » sans quoi d’autres prétextes de guerre naîtront,d’autres expéditions occidentales viendront achever la destruction commencée.
    La balle est dans le camp arabe ,je veux dire le camp des faibles .A prendre ou à laisser.

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