Kingsley Moghalu : « Le Maroc est l’une des économies les mieux placées pour tirer parti de la ZLECAf»
Le Maroc possède les cartes pour devenir l'un des grands bénéficiaires de la ZLECAf. Lors de l'Africa Economic Symposium, le président de l’Institut pour la gouvernance et la transformation économique, Kingsley Moghalu a estimé que le Royaume peut jouer un rôle de locomotive du commerce intra-africain grâce à son industrie, ses infrastructures et son positionnement stratégique.
À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre progressivement dans sa phase opérationnelle, le Maroc apparaît comme l’un des pays les mieux placés pour tirer parti de cette nouvelle dynamique économique. C’est le constat dressé par Kingsley Moghalu, président de l’Institut pour la gouvernance et la transformation économique, en marge de la 4ᵉ édition de l’Africa Economic Symposium (AES) organisée par le Policy Center for the New South (PCNS). Selon l’ancien vice-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, le Royaume fait partie des économies africaines disposant de la taille critique et des capacités industrielles nécessaires pour devenir un acteur majeur de l’intégration économique continentale. Aux côtés de l’Afrique du Sud, du Nigeria ou encore du Kenya, le Maroc bénéficie d’une base industrielle solide et d’une position stratégique qui lui permettent de développer davantage les échanges commerciaux à l’échelle africaine. « Le Maroc est très bien positionné pour profiter pleinement de la Zone de libre-échange continentale africaine », souligne Kingsley Moghalu.Pour lui, le Royaume dispose déjà d’atouts majeurs, notamment dans les industries manufacturières, l’automobile ou encore les phosphates, autant de secteurs susceptibles de renforcer les chaînes de valeur régionales.Une intégration qui avance par étapesL’expert rappelle toutefois que l’intégration économique africaine reste un processus progressif. La ZLECAf constitue une première étape importante en supprimant progressivement les barrières douanières sur les biens produits en Afrique et en facilitant le commerce intra-africain.En revanche, d’autres dimensions de l’intégration, comme l’unification monétaire, demeurent encore lointaines. « L’intégration commerciale progresse, mais l’intégration monétaire nécessitera encore beaucoup de préparation », estime-t-il, rappelant que même les projets de monnaie unique dans certaines régions africaines peinent encore à aboutir.Pour Kingsley Moghalu, la réussite de la ZLECAf dépendra désormais de la capacité de certains États à montrer l’exemple en mettant rapidement en œuvre les accords commerciaux. Il espère que le Maroc figurera parmi ces pays pionniers capables de transformer les ambitions continentales en résultats concrets.L’ancien responsable nigérian insiste également sur la nécessité pour chaque pays africain de miser sur ses propres avantages compétitifs plutôt que de vouloir investir tous les secteurs simultanément. Dans cette perspective, le Maroc possède, selon lui, plusieurs cartes maîtresses. Son leadership mondial dans les phosphates constitue un levier essentiel pour accompagner le développement de l'agro-industrie africaine. À cela s'ajoutent une industrie automobile en pleine expansion ainsi qu'un tissu manufacturier capable d'approvisionner les marchés régionaux. « Aucun pays ne peut saisir toutes les opportunités. L’important est de capitaliser sur les secteurs où il dispose d’un véritable avantage », souligne-t-il.L’électricité, principal frein à l’industrialisationSi les opportunités sont nombreuses, les défis restent tout aussi importants. Kingsley Moghalu identifie en particulier le déficit énergétique comme l’un des principaux obstacles à la transformation économique du continent. Selon lui, l’insuffisance de l’offre électrique freine directement l’industrialisation, condition indispensable pour développer des exportations de produits transformés plutôt que de simples matières premières. « Sans électricité, il est impossible d’industrialiser efficacement une économie. Et sans industrialisation, il est difficile de créer davantage de richesse à travers le commerce », conclut-il.